Avec ou sans bagages.

Croquer les épaules de l'orage.

20 juillet 2008

Dakar - Dernier Tome.

On s'insurge. On s'étouffe. Libre, toi? Enfin ouvre les yeux. Et ta femme? Elle est belle ta femme. Donne lui autant de droits qu'elle en mérite. Ecoute nous putain, ouvre les yeux. Ces droits que tu dis avoir trouvé en arrivant, ils sont périmés mec. Ton histoire, elle a commencé en 622 et depuis elle n'a fait que de la merde. Ouvre les yeux. A tous les coins de rue il y a une mosquée et la prière dans une langue que tu ne comprends pas, et tu te bouffes la peau et les os, à servir des traditions et des rêgles qui se sont vidées de leur sens. Et si ton Dieu existe, la meilleure chose qu'il puisse faire, c'est de nier sa propre existence, et de pleurer. La fatalité n'a jamais fait avancer les choses. le fait d'accepter la tragédie d'un monde, ça ne peut que l'aider à sombrer. Révolte-toi, au moins un peu, s'il te plait. Il a cette fille qui dort par terre dans le débara, qui passe le balais, genoux à terre et dos cambré, sa vie de chienne et de silence, et pas un jour à elle, rien. Pas un mot à dire. Il y a ces mômes qui ne connaitront jamais rien d'autre que leur famille et leur quartier, et ces valeurs centenaires qui n'ont aucun lieu d'être. Et moi, j'étais déjà pas trés contente d'être du sexe aux long cils, mais tu sais là, je remercie ma naissance de s'être fait au bon endroit. Ici ? Comme une envie de vous couper les couilles, des fois. Vraiment. Wake up. Demain on part pour les îles Saloum, ou on louera une tente. On emmene une casserole et un foyer à charbon, nos papiers, nos crayons. On chercher à éviter l'humain, overdose je crois. On suivra des yeux les rapaces, on poussera un cri pour chaque cafard de la taille d'un citron. On rigolera encore beaucoup, yamba aidant. Je pense pas qu'on redonnera des nouvelles avant le retour. A Noaime et à Keeps : Lisez "Bye bye Blondie" de Virginies Despente, c'est le seul livre qu'on a trouvé ici et il se trouve qu'il vaut vraiment le coup d'oeil. Parce que ouais, avouez-le, vous aussi vous kiffez les histoires d'amour tragique. Pour les autres, rendez-vous au Boom Festival, 10 Aout, Portugal. Pendant ce temps, je vais foutre une droite à Allah, et m'avaler une mangue.

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10 juillet 2008

Manga Def ?

Un, deux, trois, douze piqures de moustique. Papillon de nuit occidentale se cogne à tous les murs. Jouer à saute-mouton avec les  culturelles. Se vider le cerveau dans des débats stériles.

Religions, justice, méthode, nourriture, politesse, respect. Rien n'est pareil ici. On se tue à s'expliquer. Ils se tuent, à ne pas comprendre.

Depuis que Boobaka nous a offert le collier Marabouté, il y a comme cette foutue poisse qui fait qu'on arrète pas de se perdre dans les rues et leur absence. On marche sous la nuit en insultant dans le vide ce Fils de Chèvre d'inconnu.

Un gosse abandonné sur le trottoire cherche son souffle, renversé comme une tortue sur le dos, poisson hors de l'eau. Double noeud. Ferme tes yeux. Un gosse plus petit que n'importe qui. Et toi tu ne peux même pas t'arrêter. Capitale de l'amour et du déchet.

Dernière jour de formation. Vidées.

Je ne repartirais pas d'ici avant de savoir remplir la moitié du verre de thé avec de la mousse.

"Regarde. Un flamboyant qui n'a pas flambé".

On se chronomètre nos temps de Gratouilles avec Raël. On part des fois dans putains de rire incontrolables, et aussi dans des crises de révolte contre. Tout ça. Tous ces moments ou on a juste envie de gueuler, Wake up Africa. Wake up.

On fait des cauchemars d'une autre galaxie. On porte des sacs de kilos d'arachides, des planches de bois, des trucs bizarres. On marche dans le sable, on fais couler le jus des mangues sur nos bras, jusqu'au coude. Et des fois le soir elle dit allez, fais moi rire. Et moi je m'en roule un. Et aprés on se moque du monde parce que putain, hmpf.

Pensée pour la Bird : "S'il y a des rastaman ici? Bien sur. Mais ils se cachent, parce que s'ils croisent leurs mère, elle leur coupera les cheveux."

Le Taximan ce matin, il était roots. La portière de la voiture tombait en miette et le reste aussi, mais Bob chantait Sun is shinning dans l'auto-radio traffiqué. Pas de feux ici, ni rouge ni verts. Tout droit jusqu'à ce qu'un autre klaxonne.

Des tresses dans les cheveux. Détresse dans les yeux.©

Toute seule dans l'unitée 8 de Parcelles, perdue. Une môme vient se coller à moi, deux, trois. Toubab ! Sa poupée, c'est une blanche, comme moi, sauf que bon. Cheveux cramés, geule écorchée. La môme, elle me sourit comme ça, elle touche la peau de mon bras. Avec mon stylo Bic, je dessine une étoile dans le creux de sa main.

Trés vite, quinze gamins en file indienne devant moi. Sourire.

Jamais perdu, jamais bien loin, l'épouvantail était planté, au bord du monde abandonné. Et puis un jour, il s'est taillé.

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06 juillet 2008

[ Les gosses de Casamance. ]

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Tu peux pas liberer les gens. Tu peux vivre sous leurs yeux, tu peux leur proposer une alternative, mais tu ne dois rien ajouter. Tu ne peux pas liberer les gens. Tu es une Toubab, que tu le veuilles, ou non.

Envie de communiquer avec les femmes. Si seulement quelqu'un voulait bien les faire exister.

Il fait nuit bleue, on mange dehors autours du grand plat insondable, silence. Les mains dans la sauce et le riz, même si. Leurs langues, leurs doigts. Et maintenant, tu lèches tes mains, comme ça. Silence. Le frère de Pap déchire des morceaux de viande et nous les lance. On redevient l'animal, le félin. Silence. On attrape, on mord, on déchire la chaire, on avale. Silence.

Ici on ne part jamais à l'heure du dîner. Et ici, c'est toujours l'heure du diner. Tu peux pas liberer les gens.

Décalage, ventres noués. Ne rien dire, parfois.

Ca n'est pas des "vacances", comprenez.

Aurai aimé avoir un numéro particulier à composer avec des noeuds dans le ventre, comme ël. Mais en fait non, bon. Déjà l'impression de ne jamais réussir à décrire ce qu'il se passe ici. Déjà loin dans la tête. Déjà changée.

On rigole bien, et des fois non. Mais quand même. Ahah.

Pour l'instant, raté pour les photos. La clé USB ici, c'est pas ce qui se fait de mieux. Comprenez.

- Tu as un mari là présentement ? -Non. -Maaah si tu veux trouver un mari sénégalais il faut que tu cherche la viande pour lui dans le plat ! -Ouais, ben il cherchera sa viande tout seul. Allez. Fais tourner le Bissap.

Comme on est des aventurières et qu'on se fout pas mal des bons conseils, parfois, on a prit le bus sans personne et on est allé à Sandaga. Demain debout à 7h pour le début de la formation.

Je sais pas vraiment quoi vous dire. Je tombe doucement amoureuse de la terre. Mais rien n'est descriptible. Rien.

J'ai passé la journée d'hier à m'entrainer à faire le Thé en trois fois. Et? Mounga Ataya.

Les mômes ici savent vivre bien plus vite qu'ailleurs, dans leurs yeux y'a cette foutue lueur. Quelque chose d'animal, qu'on a tous oublié.

Un grand Merci à la Dame pour l'idée et le projet, on fait tout pour ne pas la decevoir. Je crois que ça va marcher... J'ose à peine. Désolée si tout ça est un peu décousu. C'est que je suis trop.. Loin.

La bière me manque, enfin je crois.

Je reviens donc à la fin du mois, d'ici là je donnerais des nouvelles,  autant que possible.

Fatiguée. Vivante. Bronzée.

Eux ils savent.

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04 juillet 2008

Rapidement, des nouvelles. Cyber-Café Dakar.

On a le complexe de la tache blanche, et pourtant. Les trois Thés sont meilleurs que partout ailleurs, la terre est rouge les choses avancent.

Quelques frayeurs à l'arrivée, mais parmis les silhouettes rapaces, la plus grande c'est celle de Pap. Dans le sable maintenant, ses pas avant les notres.

Pouvoir dire, déjà, que tout ça est différent de tout ce qu'on a pu vivre avant. L'autre monde.

Alors on change de moeurs comme de chemise, on cherche à mettre cette langue dans nos bouches. Dierief.

Il y a bien trop de choses à raconter, je m'abrège. On commence la formation d'horticulture Lundi matin. Ensuite, aprés chaque journée de théorie et de pratique, on se retrouve sur la terasse de Pap', et avec tous ceux qui n'ont pas accés a la formation et qui veulent savoir, on commence les premiers micro-jardins, dans le petit village de Grand Yoff. En ésperant que les voisins soient curieux, en faisant courir la rumeur. Juste parce que, c'est possible.

En attendant, on vous mijote de jolies images, esquisses et pixels. Chez Tata Ali, on trempe nos nuits dans l'aquarelle, et nos doigts dans l'assiette.

Message au Peuple : Bande d'allumés, ici le paquet de clope est presque gratuit, et le café vous rend tout Superman. Ici on a fumé la Iamba, ici il y a des lézards bleus et jaunes. Je vous raconte à mon retour, bientôt le Boom, pour l'instant je m'Afrique. Vous me *Hmpf* bande de steack hachés d'aspirine.

Le vrai projet, sérieux et tout, ici : www.raelle.canalblog.com

Parce que, oui. C'est pour de vrai.

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28 juin 2008

Dire que tout finira par me sembler si loin.

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A quoi bon rêver d'autre chose que de partir? Je vous le demande.

Les sacs sont bouclés. Démoustiquisés. La bouteille de coca, vidée. Il est 00h42 sous la tête de Tortue Ninja. J'ai dis aurevoir à la Bird, dans un tchek habituel. "Bouge pas, je verse une larme". On a l'air de rigoler, comme ça, mais au fond. Ca fait tout drôle. Je dirais même que ça va me *groupe-éléctrogène*.

J'ai des serpents dans le ventre. Et je ne pars pas avec n'importe qui. C'est sur la tête qu'elle porte les siens.

Je vais faire bref. J'ai déjà peur d'oublier quelque chose. Et du reste, aussi. Cette peur qui fait presque bander, c'est juste l'inconnu. Vous aimez? Moi aussi.

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25 juin 2008

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J'aime bien me poser ici, le temps d'une roulée parfumée. Le temps de quelques mots, jetés. Les Arlequins ont ouvert un laboratoire de recherche. Ils cherchent à créer une nouvelle drogue digne de Mille-Pourpre. Ils mettent des friandises dans des tubes à essai, ils jouent avec la soude, écrivent de grandes formules à la craie sur des tableaux noirs. Tout ça en chantant Be Bop a Lula. Autrement dit ? Ca swing.

J'aime bien, aussi, marcher dans la rue avec les paires de Doc' cirées, cranes rasés, chemises bien repassées. Pour fêter la musique et le reste. Surtout le reste. Et j'aime bien boire jusqu'à ce que ça tourne. Et j'aime bien me moquer des gens. Non : J'adore me moquer des gens.

J'aime bien quand on se retrouve sous la guirlande rouge, avec les gonzesses, et qu'on est juste un concentré de cynisme et de méchanceté, d'humour déplacé et de plan vicieux. Traditionnal Tea Party, ou comment réunir vos vices les plus fous. J'aime bien me dire que demain, j'ai rendez-vous pour un café de cons. J'aime bien me dire qu'on les encule tous. Et rigoler fort dans le noir, pourquoi déjà? Parce que, Orange certes, mais qui dérange.

J'aime bien me dire "aller, rien à foutre, aujourd'hui j'mets une robe", et aller faire des grimaces à la féminité dans la rue, en fredonnant, quoi déjà? Make Me pretty, make me beautiful. J'aime bien me dire qu'au bout du rouleau, y'a encore du rouleau. J'aime bien la mère de Verlaine quand elle dit : "Je noie mon chagrin dans l'alcool, le problème c'est que mon chagrin, sait nager". Et quand on me demande mon avis, c'est avec un sourire que je réponds que je n'y crois plus. Aux idées, et au monde. Je réponds que je n'arrive plus à penser en masse, parce que maintenant je sais qu'il est impossible d'envisager un avenir avec.. Ces gens. Tout ce que je ferai à présent changera peut-être quelqu'un. Jamais le monde. Et vous savez quoi? C'est peut-être encore mieux comme ça. C'est peut-être juste comme ça, que tout le reste devient possible. J'aime bien le première gorgée du café. J'aime bien écraser le mégot dans le cendrier.

Là, dans six jours exactement, je vais partir. Ici, je mettrais un lien vers le blog qui retracera notre aventure en direct, parce que oui, j'aime bien, vous, des fois. Et parce que l'Afrique est une flaque de thé. J'aime bien, le thé.

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18 juin 2008

[ 18 Juin ]

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Au clair de la Pute, mon ami Milo. Et voilà que le matin, je me lève tôt. J'écris des pages, et des pages, pour le Monsieur. Je fais des photos sans identité, et. Ne souriez pas, vos cheveux ne doivent pas dépasser, vos sourcils doivent être coiffés, restez neutre, ne grimacez pas. Vous êtes le monde et vous devez tirer la gueule. Génial. Bon, allez viens moussaillon, on va fumer des joints, et être méchants. Parce qu'il faut l'avouer, être sadiques, cyniques, égo-sans-trip, c'est si drôle. Prendre les gens pour cible, au hasard, faire une liste du pire, et rire. Parce que : Qui gère abuse.

Je passe tout plein de temps avec l'étoile de mère, en térasse, en théière, à boire des cafés, faire le point, tirer au clair quelques éléments sombres. Remettre ma vie sur pattes, à tous les niveaux, et la faire courir encore plus vite. Ecouter La Tordue, et partir à la pêche aux souvenirs, dans les photos d'enfance, se rappeler de tout pour continuer d'écrire. Appeler la Frangine, pour lui dire rien du tout, juste : Tu te souviens? Se dire qu'avec tout ce qu'on a vécu, on s'en sort pas trop mal. Sentir l'âme soeur sourire. Et compter les jours avant le grand départ. D'Afrique, je vous ramenerai des choses. De toutes façons, il faudrait être fou. Et bien, si vous le dites. Marcel, lui, parle de ce rythme respiratoire, plus délicat que le mien, mais non moins battant, et me conseille de m'exprimer en ces thermes : "Ca y est, j'ai mis mes pas dans ceux des mots, et je n'en finis pas de danser avec eux, [...] pour faire tomber les frontières qui séparent la pesanteur de la grâce." Et quelque chose me dit que. Laissez-moi y croire.

A Mille-Pourpre on fait le carnaval, on mange des fruits qui n'existent pas, on écrit sur des parchemins, on signe dans la cire des bougies géantes. On discute avec les trois bonhommes devant la caravane, avec des gros bides et du maquillage blanc, des chapeaux usés des costumes brulés. On joue aux cartes, et aussi à un autre jeu. On passe à l'étape fusionnelle. On joue à celui qui Invente plus vite que son ombre. On surveille le Sans-Ailleurs d'un oeil, cachés dans des buissons en forme d'armoires.

Je pense à Bu et à l'avant, de la nostalgie dans les dents. Hier, le type qui avait Jésus sur son T-shirt m'affirmait que la seule chose de raisonnable ici était le nihilisme. Et moi, je faisais des noeuds avec mes lacets. J'ai finis par aller manger un kebab toute seule, avec une fourchette. T'es bizarre, qu'ils disent tous, ces derniers temps. Et si avant j'aurais trouvé ça drôle, c'est qu'à présent je ne peux même plus être autrement. A Mille-Pourpre on aiguise les épées de bois.

Un jour j'écrirais un livre sur la méchanceté, mais en attendant. Joyeux 18 juin.

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16 juin 2008

Tant pis pour eux on y va.

Trouille

Allez. Sac à dos, brosse à dent, bière en boite, et entrez dans la danse du verbe Imprévoir.

Bruxelles. La grande baraque qui vous veux du bien. Les gens, qui sont là comme ça, et qui gèrent. Les gauffres qui font marcher, râler, plaisir. Les jeux ou on triche, elle et moi, parce que bon quand même, manquerait plus qu'on perde. Les dorüms. Les gomettes bleues, et la bière qui fait des océans et des tempètes. Les soirées assis sur le grand tapis à distribuer les cartes, à inventer de nouveaux jeux, nouvelles rêgles. Donnez moi une paire de ciseaux, je vous fait des miracles, allez. Je taille les cheveux de la fille qui est blonde est fragile, avec un pull marin. Je taille les cheveux du grand chef Ari, le colorié ronchon. Parce que quoi? Prend ça comme un jeu. Il y a Edgard la sourie morte qui fait aussi tapis volant et oreiller moelleux. Il y a la couverture orange et Keeps qui fait rouler ses rires d'un pays à un autre. Et les choses là-bas se passent tellement bien, que ça nous donne envie, de rebondir plus fort sur la vie, et de suivre au moins une fois un chemin qui serait droit. De faire sa pizza soi-même. Avec ou sans piment. Ca donne envie d'avoir.. Une table, avec des chaises autour.

On est repartis de là, avec des trucs trouvés par terre, et des souvenirs gros comme des mobylettes. Dans le bus qui nous ramenait tristement à la maison, le portable a sonné à peine passé la frontière, et il y avait ce message sur le répondeur. "Le bateau est amarré au port de l'île Lacroix, c'est un petit navire en bois qui s'appelle le Kayla. Rejoins-moi si tu peux". Ainsi la mélancolie du retour s'effacait, l'aventure continuait encore un peu. Je suis arrivé sur l'île à l'heure ou le soleil est orange, et c'est en contre-jour que j'ai vu arriver la silhouette du vagabond. Le genre de type que j'aurais pu être, si j'avais pas été une putain de gonzesse. Ca paraissait presque impossible, et pourtant j'étais là. On parlait du trésors des mots, et qu'il fallait toujours avoir sur soi de quoi les noter. Il me raconte tous ces pays qu'il a vu, les rues de San Fransisco, le desert, l'Ambre du Mexique, les rêves partis. La lumière des réverbères se reflètent dans le fleuve et vient faire des étoiles au travers du hublot, la bougie éclaire la petite cabine du marin. On fait un pacte sans jour ni lieux, et on se serre la main. L'aventure dure deux jours, et se savoure du bout des doigts. Ce matin, sur l'oreiller, le bijoux d'Ambre et de Corde a cédé. Comme pour dire : Voilà, la boucle est bouclée. Il prend son sac à dos, sa paire d'yeux trés bleus, ses sandales, on prend chacun une route. Lui, il embarque clandestinement sur un cargot vers l'Amerique, ensuite il commencera son pelerinage vers la Pologne. Comme as-t-on pu nous faire croire que tout ça était impossible? Le marin me souhaite bonne chance, pour l'Afrique et pour l'écriture. Belle histoire, n'est-ce pas? Voilà ce qu'on se dit. Belle histoire.

Dans la boite aux lettres, ce matin, il y avait une lettre de Marcel. Qui me gronde tendrement et qui me suit des yeux. Alors, en un mot? Reborn.

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09 juin 2008

Milo

Les affamés de liberté courent toujours. Le vent tourne, et s'enroule sur lui même, comme le temps. Les affamés se débattent et se marrent. C'est un manège qui tourne, au ralentis et puis à toute vitesse, avec ses belles lumières qui brillent pour t'éblouir, pour que tu perdes pied, pour que tu puisses enfin, sentir le vent. Et la mer qui vient te lêcher les bottes. Et l'horizon, qui te nargues de toute sa grande gueule. L'horizon qui te fais des grimaces.

On se ratrappe, on se gueule, on s'insurge, on se rit, on se tape sur l'épaule, on se crache on s'emmerde, on s'aime bien, là, comme ça. Raël a dit : Puisque rien ne sera plus comme avant, faisons en sorte que ça soit comme jamais. Et j'inscris ça dans mon crâne comme un étendard, comme une envie d'aller de l'avant, pour voir. L'océan avec ses murmures de démence, comme des vers de Rimbaud qui s'entrechoquent dans la tête. Et surtout, Milo. La grande ombre collée à mes pieds, qui me suivra toujours, et qui trouve le moyen de me surprendre encore. La chose dans laquelle on s'enroule le soir, bien au chaud dans le crâne, tant et si bien que ça en devient presque charnel, ou passionnée, cette simple images des paupières qui se ferment. Mon amant l'imaginaire. Le seul endroit ou l'évolution n'est pas de la merde.

Je commence la lente extermination de mes fantômes. J'y gagne pas mal, si on compte en gauffres. Et puis il faut avouer, c'était rigolo. De partir, comme ça, tout dans les mains et le coeur vide, vengé. Ma vie étant toujours sur le point dérailler, j'appuie sur l'accélérateur (Réponse A), et demain je grimpe dans le bus. T'as vu c'est dingue hein? Parce que oui, j'ai fortement besoin de coloriage.

Et puis, il y a l'Afrique. Et cette fois, ça ne sert pas à rien. Et ce truc qui sort de la dâme comme des confettis, ça ressemble bien à de l'espoir. Alors j'y crois. Et je met encore un jeton dans la machine, pour un nouveau tour de manège. Gling.

La nuit, je laisse Ghost World tourner en boucle dans la chambre.

Chez la Bird, je passe souvent une heure, le temps d'un thé, d'un joint le soir. Assise sur le pouf qui brandit son drapeau anglais, je pense à Enid et je me rappelle que la mesquinerie et la complicité, ca a quelque chose de classe. Alors je souris. Je pense aux escaliers oranges, et je cherche dans mes affaires si je n'ai pas cette vieille robe de Gauffre, qui doit encore trainer. Je signe Trouille, au bas de la page. Je pense aux petites annonces dans le journal.

" Ballon cherche hélium. "

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27 mai 2008

Chanter_l_aour

Dans les couloirs de l'atelier, sous la pluie, sous la nuit : Chanter l'amour. Pour faire rire, pour parler, pour mettre son cerveau en panne : Chanter l'amour.

Cette situation a le mérite d'être populaire. Cette situation, tout le monde l'a connu ou la connaitra. Métaphore : Vous êtes dans votre lit depuis une heure. Vous changez de position, vous soupirez. Pour le monde entier : Vous dormez. Parce que la lumière est éteinte, parce que vous ne parlez pas, parce qu'à cette heure ci tout le monde dort, alors forcément, vous dormez. Vous êtes dans votre lit depuis deux heures. Vous touillez votre cerveau comme on touille un café : Noir. Vous vous tournez, les yeux grands ouverts. Regarder le mur. Regarder le plafond. C'est votre inconscient qui travaille, vous ne contrôlez pas ça, vous ne pourrez jamais contrôler ça. Vous êtes dans votre lit depuis trois heures. Vous venez de gagner le jack pot du silence, et pour le reste du monde : Vous dormez. Votre respiration est calme. Vos lèvres sont scellés. Vous bougez beaucoup, certes. Les jambes comme ça. Les bras ici. Sur le ventre. Sur le dos. Vous êtes dans votre lit depuis quatre heures. Vous attendez peut-être quelque chose. Mais au fond, pas vraiment, vous êtes juste sensé dormir. Comme toutes les âmes perdues, ou comme ces zonards qui dorment sous un arrêt de bus : Non, il n'attendent aucun bus.

J'ai bien dis, métaphore. Comprenez. La vie a parfois une sacrée gueule d'insomnie. Ce que vous voulez vraiment, au fond, c'est qu'il ne soit pas cette heure là. Vous voudriez qu'il soit l'heure de jouer aux cartes, de boire de la bière, ou de prendre un goûter avec vos amis. Vous ne demandez pas grand chose, aprés tout. Ce qui vous rassure peut-être, c'est de penser aux autres qui comme vous, se retournent dans leurs draps. Qui comme vous, ont quelque chose à fuir. Qui comme vous, ont un peu peur. Peu importe la raison, elle est si stupide et humaine que cela vous décevrez. Peu importe, vous avez peur. Pour quelqu'un, et puis pour vous, et puis pour tout ça qui reste encore à faire. Vous n'avez pas envie qu'on vous tape dessus pour vous faire avancer, même si au fond ça marche aussi, même si demain vous direz merci. Et même, peut-être même, qu'un peu de pitié vous ferez plaisir. Vous qui détestez ça, vous êtes incapable de vous reconnaitre. Vous avez simplement envie de vous étouffer dans vos draps, et que quelqu'un puisse vous dire avec la plus grande sincérité du monde : Oui, c'est un choix que je comprends.

J'ai bien dis, métaphore. Vous êtes dans votre lit depuis cinq heures.

Si tout ça en vaut la peine, ça n'est pas pour une raison vraiment bonne. Pour ma part, je ne sais toujours pas pourquoi je me lève, le matin. Le fait de ne pas y penser ne m'aide pas réellement non plus. Mais si tout ça en vaut la peine, c'est parce que, parfois, il y a une voix qui sort du noir, et qui dit simplement :

T'arrives pas à dormir, c'est ça?

Dès lors, vous commencez à imaginer que le monde existe. Avant même de pouvoir analyser la situation, vous souriez. Ce sourire ne veut rien dire. N'importe qui peut le faire. Il ne dure qu'une seconde. Sur ebay, personne n'en veux. Ce sourire ne rendra pas moins noir le café froid de votre cervelle. Pourtant, aprés ce qui sembla être une eternité, vous êtes appelé à donner au monde une réponse. Une réaction. N'importe quoi. Un sourire, oui. De toutes façons, il fait noir, et pour le reste du monde, vous dormez.

Le jour se lève un peu avant vous. Vous enfilez votre T-shirt "Chanter l'amour". Vous fouillez dans vos poches, et vous trouver vos nerfs, en pelote de n'avoir pas dormi. Vous avalez ce sac de nœud organique, et vous pensez : Vitamine C. Vous cherchez au fond de vos cales vos meilleures armes, vous y trouvez l'humour, le rire, le surmenage, et l'hysterie. Vous accrochez tout ça à votre ceinture. Vous faites du bruit en montant les escaliers. Votre comportement est typiquement nerveux, vous n'êtes pas tout à fait vous-même, mais vous allez bien. Là-bas, un corps flétrit s'accroche durement à la vie, et comme vous êtes humain, vous décidez de faire pareil. Là-bas, la voix trés fatiguée trouve tout de même le moyen de chanter des chansons joyeuses qui parlent de vie, et d'amour. L'ironie tragique de la situation vous fait rire. Alors, vous l'imitez.

Posté par salefee à 19:53 - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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